Association Estelle - Colloque du 6 mars 2004
Fiche de synthèse de l'intervention de Louis Moreau
de Bellaing
Louis MOREAU de BELLAING, sociologue,
anthropologue, après
avoir souligné le caractère insoutenable pour la famille et terrifiant
pour tous de l’enlèvement d’un enfant, cherche à distinguer
les différentes responsabilités : premièrement la responsabilité juridique
et pénale, deuxièmement la culpabilité individuelle, troisièmement
la responsabilité sociale. Le premier niveau est le plus simple car
régi par la loi : soit le délinquant est reconnu malade mental,
et il n’est dans ce cas ni responsable ni coupable, soit il s’agit
d’un pervers, conscient de ses actes, et la loi s’applique car
sa responsabilité juridique et pénale est entière.
Le deuxième niveau de responsabilité renvoie à la dimension
humaine des droits de l’enfant, à la légitimité de
son appartenance à sa famille : « l’abuseur » transgresse
non seulement la légalité sociale mais également les lois
humaines qui fondent toute société, à savoir la prohibition,
la tenue à distance de ce qui ne doit pas être rapproché,
et le délit sexuel commis sur mineur doit être qualifié en
vérité d’inceste. Ce franchissement des limites est bien
sûr le signe d’une carence d’humanisation et de socialisation,
comme le disait en première partie Madame Leterrier.
Celle-ci intervient pour préciser que les gestes des parents dans les
premiers soins physiques donnés à l’enfant (lors du bain
par exemple) établissent ou non la conscience durable et saine des limites
fixées par les respect du corps de l’autre.
Monsieur Moreau de Bellaing reprend la question de la culpabilité individuelle
du transgresseur en faisant remarquer que généralement il ne
ressent spontanément que PEU de culpabilité, dans l’illusion
que sa pulsion serait une loi.
Le troisième niveau de responsabilité relevant de la société,
l’environnement, existe mais de façon mineure : le tribunal a
vu juste lorsqu’au procès de Nuremberg il a jugé les criminels
un à un, en tenant compte avant tout de la responsabilité individuelle.
Cependant, Monsieur Moreau de Bellaing nous invite à réfléchir
sur une tendance de la société moderne telle que décrite
par Freud : depuis le 16ème siècle, la société moderne
privilégie l’objet, lui donne un rôle et une valeur peut-être
excessifs, qui conduit à fétichiser et/ou instrumentaliser les
personnes, et même les enfants. L’enfant privilégié,
survalorisé, marchandisé… : cette représentation
de l’enfant dans la société ne le met-elle pas en danger
?
Une réflexion s’impose : comment aimons-nous nos enfants ? Comment
les autres voient-ils nos propres enfants ? Cette image n’est-elle
pas dangereuse ?
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