Association Estelle - Colloque du 6 mars 2004

Fiche de synthèse de l'intervention de Frank JAMET


Franck JAMET, psychologue, Maître de Conférence à l’Université Paris VIII, commence par indiquer que si l’on souhaite comprendre les écarts de comportement pour pouvoir les réduire, il faut admettre leur complexité, à la croisée de trois facteurs : le sujet, la situation (déterminant le comportement délictuel), et l’environnement.
A propos du sujet, on constate qu’il présente certes des caractéristiques (notamment des troubles de l’attachement), mais que celles-ci ne sont pas spécifiques de cette population délinquante. Sa famille fait apparaître une constante : un contrôle familial en défaut, soit par du laxisme, soit par une coercition excessive, voire physique, qui induit une tendance ultérieure à la violence. L’analyse permet de voir que ce sont les valeurs familiales - qui fondent ce contrôle - qui sont en fait défaillantes ; Monsieur Jamet rappelle que ces valeurs ont une double composante : pour une part elles sont propres à telle ou telle famille (et l’on peut parler de « style éducatif »), pour une autre part elles sont communes à la société. Ce dysfonctionnement du contrôle familial se traduit par exemple par la mise en cause de toute décision de justice ; on peut dès lors s’interroger : le message transmis par la société sur ses valeurs partagées serait-il contradictoire, ou tellement confus qu’illisible ? On peut en tout cas établir que l’exclusion sociale, au sens de l’absence de participation, contribue à creuser le clivage entre certaines familles, certains individus, et les valeurs communes de la société (perçues comme subies). Une seule recommandation face à ce problème : la prévention.
A propos du deuxième facteur, le passage à l’acte dans telle ou telle situation, il faut se demander s’il est rationnel : existe-t-il une cohérence, interne au sujet, ou bien celle-ci est-elle reconstituée par l’observateur ? Selon les différents travaux menés, certaines conclusions affirment la rationalité du geste, d’autres renvoient à des mécanismes inconscients, qui relèvent de la psychanalyse… La question reste donc posée.
Quant au troisième facteur, l’environnement, Monsieur Jamet estime qu’il relève surtout de la sociologie et laisse donc la parole à l’orateur suivant.